Mélancolie mon amour

– Témoignage – Juillet 2019 –


Alors que mon cerveau est absorbé par la focale de ma vie, un imperceptible nuage de brume s’immisce dans mes états intérieurs. Un écran de fumée invisible vient voiler l’objet de toute concentration. Discrètement, rien de l’extérieur ne laisse deviner l’intrusion subtile des ondes cosmiques dans mon esprit. Assurément, rien ne peut me faire raccrocher les wagons de l’attention que je portais aux choses la seconde précédant l’irruption.

Quelque chose en moi sait, perçoit, ressent, même imperceptiblement, même inconsciemment, qu’un lien est établi. Une connexion a lieu.

Un lien qui relie à bien plus grand que soi.

Un lien d’une telle puissance qu’il balaie, éloigne ou interrompt la sensation de connexion physique, réelle et rationnelle que j’étais tout juste en train de vivre là, l’instant d’avant. Le nuage de brume, l’écran de fumée se cristallise à l’intérieur de moi, dans une sensation, une impression, profonde, subtile et extrêmement intime. Comme un signal mystérieux mais impossible à ignorer. D’un instant à l’autre, la vie qui m’entoure, le monde et ses préoccupations deviennent futiles et insignifiants. Ni graves, ni drôles, ni passionnants, ni importants. Comme si toute chose était dès lors seulement perçue à travers les ruissellements de l’eau de pluie sur une vitre : déformée, lointaine, factice, édulcorée, caricaturée, absurde, fantasque et presque irréelle.

Comme une respiration impérieuse ordonnée par le cosmos.

La diva adulée s’isole un instant sur la terrasse d’un grand palais de réception et, loin des projecteurs, tire une bouffée de soulagement sur sa cigarette dont le bout incandescent scintille dans la pénombre. La femme d’importance, réfugié dans la solitude d’un bureau des plus hauts lieux du pouvoir, laisse son regard se perdre dans le silence de l’image urbanisée que donne à voir l’immense baie vitrée. L’étudiante divague sur les toiles d’araignées de la salle de classe en oubliant les minutes imparties pour l’examen qui s’égrènent inlassablement. La marchande ferme la porte de sa boutique d’un geste absent en renonçant à ses clients. La bergère regarde le plafond azur strié de vols d’avions en oubliant ses brebis égarées. La paysanne éteint son tracteur au milieu du champ, la mendiante baisse sa main tendue, l’enfant oublie son corps, la grand-mère s’assourdit.

Une parenthèse impromptue invite à la saveur d’un présent infini.

Souvent accompagné de l’envie inexplicable d’un retrait du monde et de son agitation, cet état soudain me pousse à l’isolement. Loin d’être un mouvement de repli sur soi, il est au contraire une grande bouffée d’ouverture, une dé-focalisation, un dé-zoom de l’objectif qui oblige à la prise de recul dans une posture d’observation délectablement calme. Comme si une caméra échantillonnant l’expérience humaine à travers une individualité nécessitait d’un court mais intense plan panoramique, afin de mieux la contextualiser. Cet état extra-ordinaire donne accès à une profondeur et à une densité inégalable. L’esprit comme retiré de l’expérience active goûte à une abyssale dimension de la conscience, où béatitude, élévation, plénitude, gouffre, abîme, néant et extrême solitude deviennent des équivalences. Où l’exaltation douloureuse côtoie un tréfonds délicieux. Où la perte de sens est de mise, la tristesse se fait reine aux côtés de la joie princesse. C’est l’extase de la mélancolie qui réveille l’âme pour lui indiquer sa nature impermanente en même temps que sa véritable perpétuité. Quelque soit l’expérience vécue en termes de destinée personnelle ou de conscience existentielle du vivant, la relativité se montre sous son jour le plus clair. La pensée duelle par manichéisme, rationalité, logique, valeur, hiérarchie ou priorité s’effondre complètement. L’acceptation de -ce qui est- est alors totale.

Et si la mélancolie était l’art de se laisser traverser par les messages des étoiles ?

L’art de reconnaître le signal de leur irruption, d’accepter l’imprévisibilité de leur trajectoire et d’en accueillir les couleurs et les formes, sans chercher à en comprendre le sens. L’art de vivre leur langage sans mentalisation, rationalisation et recherche de signification, sans incidence dans la matière. L’art d’en recevoir l’inspiration subtile sans interpréter l’état engendré comme une conséquence punitive ou une cause impliquante.

Et si la mélancolie était le don de pouvoir se délecter du désespoir et de la solitude, le don de souffrir d’extase et de plénitude ? Si elle était un cadeau, une douance singulière permettant de développer des qualités spirituelles et émotionnelles ? Et si elle me permettait les évolutions, les mutations et les transformations profondes utiles à mon âme ?

Que paissent les étoiles dans les silences de mon vacarme.

L.G.

 

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